Anxiete de performance homme femme couple

Comment dépasser l’anxiété de performance ? Les conseils d’un sexothérapeute

Notre société émet de façon diffuse des injonctions qui nous invitent tantôt à « être heureux », « épanouis », et par exemple dans le champ professionnel à « atteindre nos objectifs ». D’un point de vue éducatif et culturel, il existe également des diktats pour que les garçons soient « forts » ou encore les filles « sages ». Dans le contexte des loisirs, par exemple dans le sport, il faut « gagner », « être le (la) meilleur(e) ».

Il est difficile que ces influences multiples n’envahissent pas le domaine intime et quelque part chacun veut être doué pour donner du plaisir à son/sa partenaire, « être un bon coup » pour ne pas être largué immédiatement. Pour les femmes, le dilemme se pose de façon paradoxale entre « rester pure » et « ne pas être coincée » sur le plan sexuel. Bref, on nous pousse quelque part à jouer un rôle.

Dans tous les cas, cela peut engendrer une anxiété de performance qui se traduit par des difficultés dans l’intimité.

L’anxiété de performance chez l’homme

Homme anxieux au lit avec sa femme

Intéressons-nous aujourd’hui à l’anxiété de performance chez l’homme. Souvent présente dès les premiers rapports sexuels, la personne intègre qu’il faudrait parvenir à un résultat dans la sexualité, être comme-ci ou comme ça, faire une série de pratiques plus ou moins dans un certain ordre pour au final parvenir à faire jouir la partenaire.

Le mot d’aujourd’hui « performance » est importé de l’anglais où il désigne soit la représentation théâtrale, soit la manière de courir et les résultats des chevaux de course. On est bien loin de l’intime et de la complicité qui peut se nouer entre deux partenaires dans une interaction sexuelle ou va se mêler désir, excitation, lâcher-prise, amour éventuellement.

Etes-vous en représentation ? Voulez-vous concourir aux J.O. du sexe ? Est-ce un concours ? 

Il est évident que non. Dans la sexualité, il n’y a pas de résultat à attendre ; ni à atteindre ; pas même l’orgasme. Il y a des rapports sans orgasme qui sont merveilleux et d’autres où on a bien joui mais qui nous laissent sur notre faim, pourquoi ?

Deux raisons : 

  • D’abord ce n’est pas la destination qui compte dans le sexe, mais bien le chemin, le déroulé du voyage. Si le voyage est top, on va profiter, si c’est nul ça ne changera pas quelle que soit la destination.
  • Ensuite, ce qui compte, ce n’est pas mon parcours et mon plaisir perso (sinon c’est de la masturbation et nul besoin d’être accompagné), mais bien ce qui se passe avec la personne en face, la connexion entre nous et l’alchimie (voire la magie) qui s’opère… ou pas.

Lorsqu’on repense à la notion de performance, on perçoit l’influence de la pornographie, des tubes de vidéos X sur Internet, où bien évidemment les acteurs et actrices, même amateurs, se livrent à une sorte de « représentation » pour les spectateurs. Ils sont bien dans un rôle.

Sous cette influence, beaucoup d’hommes, en particulier jeunes, vivent leurs rapports sexuels comme une épreuve à réussir. La peur de « ne pas être à la hauteur » ou de « décevoir » finit par créer ce qu’on redoute le plus : une perte de moyens, avec des érections instables ou une éjaculation qui vient trop vite, voire une impossibilité de jouir.

L’anxiété de performance nous fait exactement expérimenter ce que nous redoutions.

Et si on arrêtait de jouer un rôle ? 

Femme qui embrasse son homme avec complicité

Cette sorte d’injonction sociale à être un bon amant, qui peut nous créer une pression de « devoir assurer », d’être une « machine à satisfaire », de « devoir faire jouir » la partenaire, mais surtout qui peut transformer un moment de plaisir en véritable examen stressant, va nous mettre dans une situation de dérouler une partition, de nous mettre dans la peau d’un personnage : ça finit par faire de nous le mec stressé qui veut bien faire. 

En raison de ce stress, le corps va se crisper, le mental s’emballer, et la connexion avec la partenaire disparaître.

Dépasser l’anxiété de performance, c’est d’abord accepter qu’en tant qu’homme, il y a certes cette injonction, mais je m’en fous. Si elle veut un acteur X, un sexe sur pattes, elle est mal tombée : ce n’est pas moi. Cette pression est peut-être là, mais je ne vais pas la prendre pour moi. Ce qui compte pour moi, c’est que tout se passe bien entre nous, que l’on soit connectés et qu’il y ait une vraie rencontre, que ce soit sympa sur le plan physique mais aussi émotionnel.

Trois exercices pratiques pour ne plus se mettre la pression

Couple qui s'embrasse dans un lit rire et joie
  1. Tout d’abord c’est plus simple si je me décentre de mon érection : le sexe n’est pas une compétition sportive, il y a des moments où je bande fort et d’autres où je suis occupé à autre chose (l’embrasser, la caresser, faire un cuni, …) ça n’a aucune importance si mon érection est moins forte ou absente à ce moment-là. Et si je fais de la pénétration, le seul but, je me crée une pression immense et inutile. J’explore plutôt les sens, les caresses, le sexe oral, le souffle à deux. Le plaisir est global et pas seulement génital.
  1. Ici et maintenant : L’anxiété vit dans le futur (« Et si ça ne marche pas ? » Et si…). Je reviens à mes sensations physiques du moment présent, à mon désir profond. Qu’est-ce que je ressens sous mes doigts ? Qu’est-ce qui me plaît ou m’excite chez ma partenaire ? Dans son physique, dans ce que je regarde, dans son odeur ? De quoi ai-je vraiment envie ? 
  1. Communiquez (vraiment) ensemble : je peux même dire « Je suis un peu stressé ce soir, j’ai super envie que ça se passe bien pour toi » et ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est un aphrodisiaque de vulnérabilité. Cela fait tomber la pression instantanément. Si la personne prend ça mal car elle attend un super-héros du sexe, c’est qu’on s’est trompés tous les deux, car je suis un être humain et pas un super-héros (spoil : ça n’existe pas !).

À lire aussi : nos conseils pour lâcher prise lors de vos moments intimes

Le mot de la fin : soyez vous-même.

Le sexe épanoui ne demande pas de la performance, mais de la présence. Une présence l’un à l’autre (c’est-à-dire que je suis là avec l’autre et pas en train de penser au boulot ou pour m’exciter au dernier film X que j’ai vu). Je suis présent dans le partage et la capacité à me montrer et être accueilli comme je suis, dans ma singularité, ma vulnérabilité et ma beauté naturelles. 

La seule compétence qui est nécessaire est celle de pouvoir être soi-même, tranquille, présent à l’autre et dans l’envie d’explorer ensemble comment faire de ce moment de contact corporel et intime, un moment agréable de plaisir partagé.

Bruno HUP-GARCIA

A propos de l'auteur

Articles rédigé par Bruno HUP-GARCIA

Sexothérapeute

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3 articles rédigés

Diplômé en Psychologie à l’origine, je suis Sexothérapeute et Thérapeute de couple. Depuis 1990, j’accompagne les personnes confrontées à des difficultés relationnelles, affectives ou sexuelles, et actuellement dans mon cabinet à Perpignan ou en téléconsultation pour les personnes éloignées.

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